Il se tiendra pourtant à Budapest, du 15 au 20 mai, à l’occasion du 10e Festival international du PEN. Congrès mondial. (Les Français considèrent qu’il s’agit d’un ll. car ils avaient déjà célébré le 10e anniversaire du PEN International à Londres en 1931, bien que cette réunion n’ait pas été un congrès mondial). Dans le cadre d’un accord négocié entre le gouvernement et PEN International (et en particulier le président du PEN français, Benjamin Crémieux), les personnes exclues ont été réintégrées et celles qui sont parties ont démissionné. (Toutefois, Sándor Márai ne siège toujours pas au comité d’organisation du congrès. Sa lettre de démission a été conservée). À la demande de Jenő Heltai, Ferenc Herczeg et Dezső Kosztolányi( !), Albert Berzeviczy, président de l’Académie hongroise des sciences et ancien ministre, prend temporairement la présidence du PEN Club hongrois. Il est l’hôte du congrès de Budapest. Il présente les invités à la réception donnée en l’honneur du gouverneur Miklós Horthy.
La liste des invités d’honneur, des quelque 270 délégués étrangers et des participants est impressionnante. Les plus connus sont
Angleterre (Chesterton, Drinkwater, Galsworthy, Masefield, Shaw, Wells ; la fondatrice de PEN International, Mme Dawson Scott, âgée, ne peut se rendre à Budapest pour cause de maladie).
Autriche (Roda Roda, F. Salten).
Belgique (Maeterlinck).
Tchécoslovaquie (K. Čapek, E. B. Lukač).
Danemark (K. Michaelis, Pontoppidan).
Finlande (Koskenniemi).
France (Duhamel, Gide, J. Green, Maurois, Romain Rolland, Valéry, Jules Romains).
Pays-Bas (Jo van Ammers-Küller).
Inde (Rabindranath Tagore).
Yiddish-PEN (Varsovie) (Schalom Asch).
Allemagne (Th. Däubler, G. Hauptmann, A. Kerr, Ernst Toller, F. Werfel).
Norvège (J. Bojer, Knut Hamsun, Sigrid Undset).
Italie (Bontempelli, Marinetti, Croce, Corrado Govoni ; Pirandello s’est inscrit mais a annulé).
Palestine (le traducteur hébreu de Madách et Ady, Avigdor Hameiri, connu à l’origine sous le nom d’Albert Feuerstein-Kova en hongrois).
Roumanie (O. Goga, L. Rebreanu).
Suède (S. Lagerlöf).
La première réunion se tiendra le 17 mai dans la salle de l’Académie hongroise des sciences. Le président Berzeviczy dirige les réunions principalement en français, mais aussi en anglais et en allemand lorsque l’occasion se présente. Les délégués s’exprimeront en français, en anglais et en allemand. John Galsworthy, président de PEN International, ouvre la réunion en anglais (il s’excuse de ne pas avoir répété son discours d’ouverture en français et en allemand) et engage immédiatement l’organisation et la réunion à la non-politique et à la littérature en tant qu’art. Il ne peut y avoir de politique de parti ou d’État ici, dit-il. Signé par 22 écrivains des États-Unis, de Belgique, du Canada et d’Autriche, il adresse un « Sozo » à « tous les gouvernements du monde » : il proteste contre l’emprisonnement d’écrivains pour des raisons politiques ou religieuses et contre l’oppression des prisonniers. Le délégué roumain, qui a été l’un des premiers à prendre la parole, a été accueilli par des applaudissements nourris lorsqu’il a annoncé que la section hongroise du PEN roumain avait été fondée à Cluj (avec Miklós Bánffy). Hermond Ould, secrétaire britannique (et international) de PEN, indique qu’il existe désormais 51 organisations PEN dans 36 pays et souligne le travail de Gyula Germanus et de John Knittel en Égypte.
Comment servir la paix sans politique ? – c’est la demande fondamentale du Congrès. Et une source de débats acharnés.
Ernst Toller (Allemagne) souligne avec passion que l’esprit et la politique sont indissociables. Eh bien, l’Ulysse de Joyce vient d’être interdit en Angleterre, ainsi que plusieurs autres livres, et le film de Remarque vient d’être interdit en Allemagne. Aragon est également persécuté en France (bien que des écrivains aient formé un front uni pour défendre Aragon). Les œuvres de Remarque ne peuvent pas non plus être publiées en Italie. En Hongrie aussi, le traducteur d’Octave Mirabeau a été condamné à quatre mois de prison et le roman de Victor Margueritte ( Le compagnon) a été interdit (« Que se passe-t-il en Russie ? » s’écrient-ils). À l’instar de Goethe, Toller souligne que ce que nous faisons est plus important que ce que nous écrivons.
L’Italien Marinetti scandalise véritablement le public. Il s’agit d’une interprétation différente du principe selon lequel le PEN et la politique devraient être deux mondes séparés. Il cite un proverbe latin : « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Ne parlez pas de paix ici. Protégez-le plutôt ! (Avec un lit ? – quelqu’un s’interpose sarcastiquement).
Au nom du PEN hongrois, Gyula Illyés s’exprime également contre la censure, la confiscation des livres et le procès de la presse, en faveur de la liberté de la presse et de la liberté de pensée. Elle propose que toutes ces infractions soient enregistrées et rendues publiques par le centre PEN de Londres. György Sárközi (PEN hongrois) soutient également Toller et Illyés. Les intellectuels ont raison de s’opposer aux gouvernements et au pseudo-patriotisme, dit-il. Personne ne doit être persécuté pour ses croyances, exige-t-il.
Jules Romains (France) se retourne également contre Marinetti et réclame une littérature non violente. Qu’il n’y ait ni meilleur ni pire en littérature. Quiconque s’en écarte est exclu du PEN français.
Béla Zsolt (PEN Hongrie) : « Parlent-ils de la protection des minorités ? Les intellectuels sont aussi des minorités ! PEN International demande la création d’un organisme chargé d’enregistrer et de publier les délits contre la liberté intellectuelle.
Karin Michaelis, Danoise : « Nous ne tolérerions pas la persécution des travailleurs spirituels au Danemark ».
Mihály Babits, s’exprimant au nom du PEN hongrois, a donné une conférence pensive et réfléchie, le moment le plus mémorable du congrès mondial. Que peut faire l’écrivain pour la paix ? Il n’est pas un homme d’action directe. Vous ne savez qu’écrire ? Ses propos ne peuvent-ils pas témoigner d’un parti pris national ? Et même si elle en est exempte, ne pourrait-elle pas être influencée par une autre vision du monde, plus terrifiante ? Pouvez-vous calculer l’impact de vos paroles ? Les meilleurs ne font jamais de compromis et les écrivains n’ont jamais été persécutés pour leurs écrits courageux comme ils le sont aujourd’hui en Europe. Les écrivains de la « Petite Hongrie » n’ont jamais cédé à la terreur armée et à la peur : nous avons conservé notre foi dans la paix et la fraternité des peuples. Mais ils peuvent encore étouffer la parole de l’écrivain. Cenzura. Le PEN n’a pas de meilleure mission que de protester contre toute restriction de la liberté littéraire. Mais pouvons-nous nous contenter de simples mots, d’un pacifisme de salon ? Un véritable écrivain ne se contente pas de cela. Il dépeint la vie (même les horreurs de la guerre) avec authenticité et sérénité. Mais s’agit-il de la meilleure propagande en faveur de la paix ? La littérature, qui n’a qu’un impact lent, pourrait faire un grand pas vers la paix si elle affrontait la conception dangereuse des faits et des émotions et restaurait l’autorité de la raison et de la morale. Nous devons insuffler de l’espoir à nos jeunes. L’égoïsme et la cruauté sont-ils une loi de la nature ? Nous devons embrasser la religion de l’Esprit et de la Vérité. Nous devons diriger les nations, et non les suivre. Moralité et justice. Ce sont les deux juges suprêmes. Au nom de la morale, on peut même critiquer la morale, au nom de la vérité, on peut même critiquer la vérité. L’Anglais Ernest Raymond soulève l’éternelle question des congrès du PEN : la question de la langue. Il suggère de demander conseil à la Société des Nations : quelle langue devrait devenir la langue de travail unique et obligatoire de PEN International ? Le PEN hongrois (Frigyes Karinthy) donne la réponse : la langue qui n’appartient à personne, parce qu’elle est artificielle. Espéranto.
Ensuite, le nouveau « Comité directeur » est élu, composé du Français Crémieux, du Polonais Juliusz Kaden Bandrowski, de l’Allemand Hans Elster et du Néerlandais W. M. Westerman.
Ceci marque la fin de la 10ème édition de la Congrès mondial du PEN.
Mais c’est aussi la fin de la présidence « honorifique » d’Albert Berzeviczy. L’écrivain, poète, traducteur et historien littéraire Antal Radó, éminent spécialiste de Dante et auteur d’une histoire de la littérature italienne en cinq volumes, sera le nouveau président du PEN Club hongrois. président exécutif jusqu’en 1939, puis président jusqu’en 1944